QUINZE ANS
Au temps
où l'on n'est plus
personne,
À la croisée des quatre
vents,
Je n'étais pas encore un homme,
Je n'avais plus droit d'être
enfant.
Je m'étais fait mon univers ;
j'étais seul et j'aurais
pourtant,
Aimé demander à mon père
Tout ce que je sais maintenant.
Il faudra que je m'en souvienne
Lorsque mon fils aura quinze ans.
L'amour
était un grand mystère,
Les filles gardaient leurs secrets ;
Je travaillais le dictionnaire ;
Plus je lisais, moins je savais.
Les vieux disaient avoir vécu,
Ils parlaient dans l'indifférence,
Je m'enfermais dans mon silence
En rêvant, le regard perdu.
ll faudra que je m'en souvienne
Lorsque mon fils aura quinze ans.
Souvent,
j'écrivais des poèmes
;
Les autres ne comprenaient
Et je me racontais mes peines,
Et je me racontais mes joies.
C'était le temps de mes
déroutes,
Je cherchais l'introuvable ami
Et je ne voyais dans ma nuit
Aucune lueur sur ma route.
ll faudra que je m'en souvienne
Lorsque mon fils aura quinze ans.
Il
faudra que je m'en souvienne
Et quand nous marcherons ensemble
Sa main viendra trouver la mienne ;
Il verra que je lui ressemble.
Je saurai les mots qu''il faut dire
Et puisqu'alors nous seront deux,
Nous pourrons apprendre tout ce
Que je n'ai pas su découvrir.
ll faudra que je m'en souvienne
Lorsque mon fils aura quinze ans.
P.SELOS